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10000 pensées mystiques - Rumi

‘Iyâzî déclara : « Quatre-vingt-dix fois je suis allé au combat sans armure, dans l’espoir d’être mortellement blessé.

« J’allai sans armure à la rencontre des flèches, afin de pouvoir recevoir une blessure mortelle d’une flèche.

« Nul autre qu’un heureux martyr ne parvient au bonheur de recevoir une blessure de flèche dans la gorge ou un endroit vital.

« Aucun endroit de mon corps n’est dépourvu de blessures ; mon corps est comme un tamis à force d’avoir été percé de flèches ;

« Mais les flèches n’ont jamais frappé un endroit vital ; c’est là une affaire de chance, non de bravoure ou de ruse.

« Quand je vis que le martyre n’était pas mon destin, j’entrai immédiatement dans une retraite (religieuse) et commençai un jeûne de quarante jours.

« Je me jetai dans la plus grande guerre, qui consiste à pratiquer des austérités et devenir maigre.

« Un jour, le son des tambours des combattants de la guerre sainte parvint à mes oreilles, car l’armée courageuse était en marche.

« Mon âme charnelle me cria de l’intérieur ; à l’aube, j’entendis sa voix dans mon oreille corporelle,

« Disant : « Lève-toi ! C’est le moment de se battre ! Va, consacre-toi au combat dans la guerre sainte ! »

« Je lui répondis : « Ô mauvaise âme perfide, d’où te vient ce désir de combattre ?

« Dis-moi la vérité, ô mon âme ! C’est là une ruse. Autrement (pourquoi voudrais-tu te battre) ? L’âme charnelle est dépourvue d’obéissance.

« A moins que tu ne dises la vérité, je t’attaquerai, je te tourmenterai plus durement que dans les mortifications. »

« Alors mon âme, sans paroles, me cria perfidement de l’intérieur de moi-même :

« Ici, tu me tues chaque jour, tu mets mon esprit au supplice, comme les esprits des infidèles,

« Personne ne connaît mon tourment – comme tu me tues en me gardant sans sommeil et sans nourriture.

« Dans la guerre, j’échapperais à ton corps d’un seul coup, et les gens seraient témoins de ma bravoure et de mon sacrifice. »

« Je répondis : « Ô mauvaise âme, tu as vécu en hypocrite et tu mourras en hypocrite : qu’es-tu donc ?

« Dans les deux mondes, tu as été une hypocrite, dans les deux mondes, tu es une créature vile. »

« Je fis le vœu de ne plus jamais sortir de la retraite, étant donné que ce corps est vivant.

« Parce que tout ce que le corps fait dans la retraite est fait sans s’occuper des hommes et des femmes.

« Parce que, durant la retraite, tous ses mouvements et son repos ne sont que pour l’amour de Dieu. » MATHNAWÎ Livre cinquième 3780-3801

10000 pensées mystiques - Rumi

Il y avait un porteur d’eau qui possédait un âne courbé en deux comme un cerceau par l’infirmité.

Son dos était écorché en cent endroits par les lourds fardeaux ; il souhaitait passionnément le jour de sa mort.

Que dire de l’orge ? Il ne recevait même pas son content de paille sèche. A ses talons, des coups et un aiguillon de fer.

Le maître de l’écurie royale le vit et en eut pitié – car il connaissait le propriétaire de l’âne ;

Aussi, il le salua et lui demanda ce qui était arrivé : « Pourquoi cet âne est-il courbé en deux comme la lettre dâl ? »

Il répondit : « A cause de ma pauvreté et de mon dénuement, cet animal muet ne reçoit même pas de la paille. »

« Confie-le-moi, dit l’autre, pour quelques jours, afin que dans l’écurie du roi il puisse devenir fort. »

Il lui relit l’âne, et cet homme miséricordieux l’attacha dans l’écurie du sultan.

L’âne vit tout autour de lui des chevaux arabes, bien nourris, gros, beaux, au poil luisant.

Il vit la terre balayée sous leurs pieds et aspergée d’eau ; la paille venant en son temps, et l’orge à l’heure dite.

Il vit les chevaux étrillés et bouchonnés. Alors, il leva son museau, disant : « Ô Seigneur glorieux,

« Ne suis-je pas Ta créature ? Je reconnais que je suis un âne, mais pourquoi suis-je misérable, avec des plaies sur le dos, et maigre ?

« La nuit, à cause de la douleur de mon dos et de la faim dans mon ventre, je désire toujours mourir.

« Ces chevaux sont si heureux et prospères : pourquoi suis-je seul à subir les tourments et les tribulations ? »

Soudain, arriva l’annonce de la guerre ; ce fut le temps pour les chevaux arabes d’être sellés et appelés à l’action.

Ils furent blessés de flèches par l’ennemi ; les barbillons pénétrèrent dans leurs corps de tous côtés.

Quand ces chevaux arabes revinrent du combat, ils tombèrent tous, gisant sur le dos dans l’écurie.

Leurs jambes étaient étroitement bandées avec des morceaux de toile ; les vétérinaires faisaient la queue,

Perçant les corps de leur scalpel pour extraire les barbillons des flèches de leurs plaies.

L’âne vit tout cela, et dit : « Ô mon Dieu, je me contente de la pauvreté et de la santé.

« Je n’ai pas de goût pour cette nourriture et ces affreuses blessures. » Quiconque désire la santé (spirituelle) renonce à ce monde. MATHNAWÎ Livre cinquième 2361-2381

10000 pensées mystiques - Rumi

Dieu parla à Moïse par l’inspiration du cœur, disant : « Ô être élu, Je t’aime. »

Moïse dit : « Ô Généreux, dis-moi quelle disposition en moi en est la cause, que je puisse l’accroître. »

Dieu dit : « Tu es tel un enfant en présence de sa mère ; quand elle le punit, il s’accroche encore à elle.

« Il ne sait même pas qu’il y a dans le monde quelqu’un d’autre qu’elle : il est à la fois affligé par elle et enivré de joie aussi par elle.

« Si sa mère lui donne une claque, cependant il vient vers elle et s’attache à elle.

« Il ne recherche de l’aide de nul autre qu’elle : elle est pour lui tout le mal et tout le bien.

« Ton cœur, de même, que la situation soit bonne ou mauvaise, ne se détourne jamais de Moi.

« A tes yeux, tous les autres que Moi sont des pierres et des mottes de terre, qu’ils soient des enfants, des adolescents ou des vieillards. »

De même que C’est Toi que nous adorons (Coran – Sourate 1 Verset 5) en ardente imploration, de même, dans les épreuves, Nous implorons le secours de nul autre que Toi.
Ce C’est Toi que nous adorons est exprimé en ces termes afin de préciser les choses et dans le but de nier l’hypocrisie.

C’est de Toi que nous implorons le secours (Coran – Sourate 1 Verset 5) vise aussi à la précision ; celui (qui récite ces paroles) précise et restreint la demande de secours,

Voulant dire : « Nous T’adorons Toi seul ; nous n’espérons de l’aide que de Toi seul. » MATHNAWÎ Livre quatrième 2921-2932

10000 pensées mystiques - Rumi

Ô musulman, durant ta quête, les bonnes manières ne sont en vérité rien d’autre que la patience envers tous ceux qui sont discourtois.

Quand on voit quelqu’un se plaindre de la mauvaise nature et du caractère désagréable de telle ou telle personne,

Sache que le plaignant a un mauvais caractère, étant donné qu’il parle mal de cette personne au mauvais caractère,

Car celui-ci seul a un bon caractère qui se comporte avec une patience tranquille envers ceux qui ont un mauvais caractère et une mauvaise nature.

Mais, dans le cas du sheikh, le reproche est fait sur l’ordre de Dieu, et non en raison de la colère, de la vindicte et d’un vain désir.

Ce n’est pas un reproche, c’est une correction spirituelle, comme les reproches adressés par les prophètes.

Sache que l’intolérance des prophètes provient de l’ordre de Dieu ; autrement, leur clémence est excessivement tolérante du mal.

Ils ont mortifié leur nature charnelle en supportant le mal qui leur était fait ; s’il existe de l’intolérance de leur part, elle est divine. MATHNAWÎ Livre quatrième 771-778

10000 pensées mystiques - Rumi

Un certain prédicateur, chaque fois qu’il montait en chaire, commençait par prier pour les bandits de grand chemin.

Il levait les mains, disant : « Ô Seigneur, que la miséricorde tombe sur les hommes méchants, les corrupteurs et pécheurs insolents,

« Sur tous ceux qui tournent en dérision les gens de bien, sur tous ceux dont les cœurs sont incroyants et ceux qui demeurent dans le monastère chrétien. »

Il ne priait pas pour ceux qui sont purs ; il ne priait que pour les pervers.

On lui dit : « C’est là une chose incroyable : ce n’est pas de la générosité que de prier pour les gens mauvais. »

Il répondit : « J’ai reçu des bienfaits de la part de ces gens : c’est la raison pour laquelle j’ai choisi de prier pour eux.

« Ils se sont livrés à tant de méchanceté, d’injustice et d’oppression qu’ils m’ont fait passer du mal au bien.

« Chaque fois que je tournais mon visage vers ce monde, je subissais des coups et des attaques de leur part,

« Et je prenais refuge contre ces coups dans l’au-delà : les loups me ramenaient toujours dans le droit chemin.

« Puisqu’ils ont été les moyens de mon bien-être spirituel, il convient que je prie pour eux, ô homme intelligent. »

Le serviteur de Dieu se plaint à Lui de la souffrance et des blessures : il se plaint cent fois de sa peine.

Dieu dit : « Après tout, le chagrin et la souffrance t’ont rendu humblement implorant et juste.

« Plains-toi de la bonté qui t’est octroyée et t’éloigne de Mon seuil et fait de toi un réprouvé. »

En réalité, chacun de tes ennemis est ton remède : c’est un élixir, il est bénéfique et est pour toi un vrai ami ;

Car tu t’enfuis loin de lui dans la solitude et implores le secours de la grâce de Dieu.

Tes amis sont en réalité tes ennemis, car ils t’éloignent de

la Présence

divine et te rendent occupé avec eux.

Il existe un animal dont le nom est ushghur (hérisson) : il est rendu plus fort et gros par les coups de bâton.

Plus on le frappe, plus il grandit et grossit (sort ses piquants).

Assurément, l’âme du vrai croyant est semblable au hérisson, car elle est rendue forte par les coups de la tribulation.

Pour cette raison, les épreuves et humiliations subies par les prophètes sont plus grandes que celles éprouvées par toutes les autres créatures du monde.

De sorte que leurs âmes sont devenues plus fortes que toutes les autres âmes ; car aucune autre catégorie d’hommes ne subit de telles afflictions.

Le cuir est éprouvé par la drogue (du tanneur), mais il devient souple comme la plume de Ta’if.

Et si le tanneur ne le frottait pas avec ce liquide amer et acide, il deviendrait fétide, laid et de mauvaise odeur.

Sache que l’homme est un cuir non tanné, rendu rude et grossier par les humeurs ;

Il faut lui appliquer un traitement dur et sévère et beaucoup de tribulation, pour qu’il puisse devenir pur, beau et très fort ;

Mais si tune peux te mortifier toi-même, sois heureux, ô homme sagace, si Dieu t’envoie des tribulations sans que tu les aies choisies.

Car l’affliction envoyée par l’Ami est le moyen de ta purification : Sa connaissance est au-delà de ta perception.

L’affliction devient douce quand on voit le bonheur ; le remède devient doux, quand on voit la santé. MATHNAWÎ Livre quatrième 81-108

10000 pensées mystiques - Rumi

Sache que les mots du Qor’ân ont un sens extérieur, et sous ce sens extérieur un sens intérieur, extrêmement puissant ;

Et en dessous de ce sens intérieur, un troisième sens intérieur par lequel toutes les intelligences deviennent perdues.
Le quatrième sens intérieur du Qor’ân, personne ne l’a jamais saisi, sauf Dieu, le Sans rival, l’Incomparable.

Dans le Qor’ân ne considère pas, ô mon fils, seulement l’extérieur : le Démon ne voit en Adam rien d’autre que de l’argile.

Le sens extérieur du Qor’ân est comme le corps d’un homme, car ses traits sont visibles, tandis que son esprit est caché.

Les oncles paternel et maternel d’un homme (peuvent le voir)) pendant cent ans, et ne pas apercevoir de son état intérieur le bout d’un cheveu. MATHNAWÎ Livre troisième 4244-4249

10000 pensées mystiques - Rumi

Sache que les mots du Qor’ân ont un sens extérieur, et sous ce sens extérieur un sens intérieur, extrêmement puissant ;

Et en dessous de ce sens intérieur, un troisième sens intérieur par lequel toutes les intelligences deviennent perdues.
Le quatrième sens intérieur du Qor’ân, personne ne l’a jamais saisi, sauf Dieu, le Sans rival, l’Incomparable.

Dans le Qor’ân ne considère pas, ô mon fils, seulement l’extérieur : le Démon ne voit en Adam rien d’autre que de l’argile.

Le sens extérieur du Qor’ân est comme le corps d’un homme, car ses traits sont visibles, tandis que son esprit est caché.

Les oncles paternel et maternel d’un homme (peuvent le voir)) pendant cent ans, et ne pas apercevoir de son état intérieur le bout d’un cheveu. MATHNAWÎ Livre troisième 4244-4249

10000 pensées mystiques - Rumi

Ainsi quand un lion surgit, saisit un homme et le traîne dans la jungle,

Au moment où il est emporté, à quoi pensera-t-il ? Réfléchis, et pense à la même chose, ô toi qui est versé dans

la Religion.

Le destin, ce lion, entraîne dans les jungles (de la mort) nos âmes qui sont absorbées par les affaires et le commerce.

Cela est comparable à la peur que les gens ont de la pauvreté, plongés qu’ils sont jusqu’au cou dans l’eau saumâtre.

S’ils craignaient le Créateur de la pauvreté, des trésors s’ouvriraient à eux sur la terre.

Par crainte de l’affliction, ils sont tous dans l’essence même de l’affliction ; dans leur poursuite de l’existence ; ils sont tombés dans la non-existence. MATHNAWÎ Livre troisième 2202-2207

10000 pensées mystiques - Rumi

En été, l’homme aspire à l’hiver, et quand l’hiver arrive il ne l’aime pas.

Car il n’est jamais satisfait d’aucune situation, ni de la pauvreté ni de la vie d’abondance.

Que l’homme périsse ! Quel impie ! (Qoran LXXX, 17) Chaque fois qu’il obtient d’être bien guidé, il le rejette.

L’âme charnelle est de cette sorte, c’est pourquoi il faut la tuer. Dieu le Très-Haut a dit : « Tuez-vous vous-mêmes. » MATHNAWÎ Livre troisième 371-374.

10000 pensées mystiques - Rumi

Le Prophète (Prière et Paix sur Lui) a dit : « La prudence consiste à envisager le mal ». MATHNAWÎ Livre troisième 353.